L’invitée de cette semaine est spéciale : nos chemins se sont croisés il y a 20 ans, quand nous étions assistantes de rédactrices mode au magazine Elle. Vanessa Scoffier a un parcours inspirant, riche et libérateur aussi ! Dans le sens où elle a toujours suivi son instinct : après des années dans la mode, elle s’est lancée dans l’hôtellerie avec Henriette il y a 15 ans, et aujourd’hui Lulu. Des lieux chaleureux qui ont une âme, décorés avec goût dans les moindres détails. Elle est originaire du Sud de la France, où elle a grandi dans l’arrière-pays niçois. L’hôtel Lulu s’appelait auparavant l’Hôtel de Nice ; un hasard ? Je ne pense pas, pour cette créative solaire dont le destin semble joliment tracé ! Entretien avec une nouvelle invitée de notre rubrique Girls Girls Girls.

Hello Vanessa, peux-tu évoquer tes études et ton parcours professionnel ?
Vanessa : Je suis arrivée à Paris à 18 ans pour faire l’école des filles à papa, l’EFAP ! Ça m’a surtout permis de multiplier les stages et de partir à New York dès ma deuxième année. J’ai commencé chez Elite comme attachée de presse pour l’Elite Model Look, puis j’ai rejoint Yahoo! quand c’était encore une start-up. J’y ai découvert la publicité, Internet et tout le développement incroyable du digital, avant de décider de tout quitter et de recommencer à zéro comme assistante au magazine ELLE. J’ai ensuite été rédactrice mode pendant une dizaine d’années pour plusieurs magazines. En parallèle, depuis mes 24 ans, j’achetais et refaisais des appartements ; j’ai ouvert Mademoiselle Rose, une boutique de décoration rue de Turenne, et j’ai également fait un an de télévision dans L’Atelier de la mode, avec une chronique mode. Puis, j’ai décidé de tout lâcher pour me lancer dans l’hôtellerie.

Comment est né ton désir de travailler dans la mode puis de lancer Henriette et LULU ?
Vanessa : Même si j’ai beaucoup changé de métier, il y a finalement un fil conducteur dans mon parcours : l’image, les lieux et l’envie de créer. Mes années comme rédactrice mode ont forgé ma culture de la mode, des tendances et de l’image, et m’ont donné un sens très aigu de l’esthétique. J’ai appris à regarder, à mélanger les influences et à raconter une histoire par l’image. Les voyages et les rencontres ont aussi énormément nourri ma créativité. Ma passion pour les lieux est encore plus ancienne. Depuis très jeune, je suis fascinée par les éléments architecturaux anciens : les vieilles poignées, les tomettes, les lavabos, les portes et les façades anciennes… à la limite de l’obsession ! L’idée de l’hôtellerie est arrivée presque par hasard. J’étais au Café de Flore avec mon amie Fanny et on parlait toutes les deux de reconversion. Au fil de la conversation, on s’est mises à parler d’hôtellerie et c’est vraiment comme ça que tout a commencé. Je fais beaucoup de choses sur un coup de tête, parfois un peu inconsciemment. Je crois que si je réfléchissais trop, je n’irais pas ! Il y a quinze ans, j’ai donc eu envie de réunir tout ce que j’aimais : recevoir, transformer des endroits, faire en sorte que les gens s’y sentent bien, imaginer une décoration avec une âme et créer une atmosphère. Finalement, ce n’est pas si éloigné de mon ancien métier : il s’agit encore de créer un décor et de raconter une histoire. C’est comme ça qu’est né Henriette. Ça a été un projet fou et une expérience incroyable.
LULU arrive quinze ans plus tard. Mes goûts et mon regard ont évolué. LULU est plus brut, plus radical, plus urbain, mais l’envie reste la même : créer un lieu singulier avec une vraie personnalité.

LULU m’a aussi offert une possibilité que je n’avais pas chez Henriette : plus d’espace au rez-de-chaussée. C’est ce qui m’a permis d’imaginer un véritable lieu de vie autour de l’hôtel, avec ROOM, le coffee shop et le piano-bar.

Est-ce que les voyages, la décoration d’intérieur, la mode occupaient une place importante dans ta famille ?
Vanessa : J’ai été élevée par une maman très raffinée, mais j’ai grandi dans l’arrière-pays niçois, à la campagne. Les principaux centres d’intérêt de ma famille n’étaient ni les voyages, ni la mode, ni particulièrement la décoration. Je dirais plutôt qu’on m’a transmis un art de vivre général, une certaine sensibilité aux belles choses, à la simplicité, à la façon de recevoir et de profiter de la vie. Les voyages, je les ai vraiment découverts à partir de 18 ans, en arrivant à Paris, puis avec mon métier et la vie que j’ai construite. Aujourd’hui, je suis passionnée par les voyages, la découverte de nouveaux lieux et, évidemment, par les hôtels. Tout cela nourrit énormément mon travail.

Si tu devais définir Nice en quelques lignes, comme si tu décrivais une personne ou que tu racontais une petite histoire, que dirais-tu ?
Vanessa : Nice, c’est ma madeleine de Proust. C’est mon enfance, l’endroit où j’ai grandi, entourée de ma famille, avec cette particularité que ma grand-mère italienne habitait au premier étage.
J’ai eu une enfance très heureuse. Nice, c’est une chanson rassurante. C’est la chaleur humaine, la joie, le côté solaire des gens, leur simplicité et leur authenticité. Ce sont toutes les images de mon enfance : le Vieux-Nice, le cours Saleya, les persiennes, les façades jaunes, les clochers, cette lumière incroyable, le bleu de la mer et l’accent niçois que l’on entend chanter dans les rues.

Qu’est-ce que Nice a de différent ? Les rencontres, la lumière, la vibe… ?
Vanessa : D’abord, cette lumière. Elle donne une intensité particulière à tout : aux couleurs, aux façades, à la mer, à la végétation. Mais ce qui me touche, peut-être encore davantage, c’est cette mixité très méditerranéenne. Nice est une ville riche de mélanges, comme tout le bassin méditerranéen, où les cultures et les influences se croisent. Il y a évidemment cette proximité avec l’Italie, que je ressens particulièrement avec mes origines familiales, mais aussi beaucoup d’autres. Nice est élégante et populaire à la fois. On peut passer d’une architecture très sophistiquée à quelque chose de beaucoup plus simple et spontané. Il y a de la chaleur, de la vie, du bruit, des accents, des gens dehors. C’est une ville solaire. Et derrière sa beauté, il y a surtout quelque chose de profondément humain.

Si tu peux aussi me parler de toi, de ce que tu aimes, de ton amour pour ton travail, de tes projets et rêves.
Vanessa : J’aime travailler. Vraiment. J’ai en permanence un milliard d’idées qui se bousculent dans mon cerveau. Parfois, j’ai l’impression qu’on est plusieurs là-dedans ! J’aime tout faire, tout regarder, tout contrôler, passer d’un sujet à un autre. C’est parfois épuisant pour moi… Et pour les autres aussi ! Mais c’est aussi ce qui me nourrit. J’aime surtout le moment où une idée qui n’existe que dans ma tête commence à devenir réelle. J’emmagasine énormément d’images et de sensations, et elles finissent toujours par ressortir quelque part. Dans mon travail, je suis extrêmement présente. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas simplement de gérer des hôtels, c’est de les imaginer et de les faire vivre. Je peux passer d’une réflexion sur une chambre à une carte de coffee shop, un logo, une photo, un petit-déjeuner ou la musique du piano-bar. Pour moi, tous ces détails participent à la même histoire. Aujourd’hui, LULU me prend évidemment énormément de temps et d’énergie, mais je continue bien sûr à gérer Henriette avec Fanny et Uli, mes amies et coéquipières incroyables ! Je n’ai absolument pas lâché Henriette ! Ce sont deux hôtels très différents, avec chacun leur identité, et j’aime justement pouvoir continuer à faire vivre les deux.
Et mes rêves ? Laissez-moi déjà un peu de temps pour récupérer de l’énergie ! J’en aurai certainement de nouveaux dans quelques mois.

