Camille appréhende le corps humain comme une ligne vivante, toujours en mouvement. Ses personnages énigmatiques s’entrecroisent, dansent, échangent, souvent en duo. D’autres, solitaires, pensifs, semblent absorbés par leur monde intérieur qu’ils tentent de déchiffrer. L’artiste, en quête de liberté, de nouveaux horizons & avide de rencontres singulières a voyagé de l’Irlande à la Nouvelle-Zélande en passant par l’Australie. Elle est actuellement installée dans les Hautes-Pyrénées. Entretien avec une nouvelle invitée de ma rubrique Girls Girls Girls.

Bonjour Camille, peux-tu évoquer tes études et ton parcours professionnel ?
Camille : J’ai commencé par une prépa en arts appliqués, ce qui m’a vraiment permis d’acquérir de très bonnes bases en dessin et en peinture, avant de me diriger vers le design graphique. Une fois diplômée, je n’avais qu’une idée en tête : vivre à l’étranger. Je suis donc partie exercer ce métier en Irlande, puis carrément à l’autre bout du monde, en Nouvelle-Zélande et en Australie. Au-delà de l’aspect pro, vivre à l’étranger m’a appris à me faire confiance et à sortir de ma zone de confort. J’adore ce côté adrénaline : quand on change de pays, on change forcément de regard sur tout. J’ai été nourrie par des paysages incroyables et j’ai côtoyé des gens de cultures tellement différentes, ce qui m’a ouvert l’esprit et m’inspire encore aujourd’hui. Avec le recul, je me rends compte que le graphisme ne m’a jamais vraiment quittée. Il influence énormément ma façon de peindre : j’ai gardé ce réflexe de simplifier les formes pour aller droit à l’essentiel.

Comment est né ton desir de devenir peintre ?
Camille : Honnêtement, c’est venu d’un besoin profond de liberté totale. En tant que graphiste, j’aimais mon métier, mais j’étais parfois frustrée par les contraintes des clients ; j’avais cette envie de créer ce que je voulais, quand je le voulais. C’est aussi un mode de vie qui me correspond tellement mieux, car je peux gérer mes journées à mon propre rythme. Mais le vrai déclic est venu d’un moment beaucoup plus personnel. J’ai traversé un drame familial qui m’a obligée à quitter ma vie en Australie du jour au lendemain. Ça a été une période de ma vie très bouleversante, mais dans ce chaos, la peinture a été comme un pilier. Je pense que ça m’a vraiment aidée à guérir et à transformer cette période difficile en une force créative. Les retours positifs et les premières ventes m’ont confortée dans l’idée que j’avais trouvé ma voie.

Est ce que l’art, la culture, l’artisanat occupaient une place importante dans ta famille ?
Camille : Oui et non ! Mon père et mon grand-père étaient ébénistes, donc j’ai toujours vu les personnes autour de moi fabriquer des choses. J’ai aussi un oncle qui peint depuis toujours, mais plus comme un loisir. L’art avec un grand A n’était pas forcément central, mais on est très manuels dans la famille donc la création a toujours été là.

Quels sont tes sources d’inspiration ?
Camille : Mes sources d’inspiration sont avant tout les gens. Je me nourris énormément des rencontres, des discussions et des histoires de vie qui m’entourent. Je suis fascinée par les relations humaines et ce qu’elles nous enseignent. Mais c’est aussi, très souvent, un travail introspectif. C’est une façon de me reconnecter à moi-même pour mieux me comprendre. Il y a une dimension assez spirituelle dans ma démarche.
Mon travail est un mélange de ce que je vis, de ce que je ressens – sur le moment – et d’un besoin constant d’exploration intérieure.

Comment définis tu ton style artistique ?
Camille : Mon style est un dialogue entre la structure du graphisme et la liberté du geste. Ce qui m’intéresse, c’est de voir le corps humain comme une ligne vivante, toujours en mouvement. Je ne cherche pas la pose parfaite, mais plutôt la petite singularité dans un geste ou une posture inattendue. Techniquement, je travaille essentiellement à l’acrylique en superposant des couches. J’aime jouer avec les textures sans chercher à tout lisser, mais plutôt à garder un côté authentique, brut. Pour moi, le style n’est pas une recherche forcée, c’est simplement le prolongement naturel de ma personnalité : imparfait, spontané et tout simplement humain.

Si tu devais définir les Hautes-Pyrénées en quelques lignes. Comme si tu décrivais une personne ou que tu racontais une petite histoire que dirais tu ?
Camille : Si les Hautes-Pyrénées étaient une personne, ce serait une présence rassurante, protectrice et bienveillante. Je suis constamment émerveillée par ce que cette région offre, entre ses montagnes, ses lacs et ses rivières.
Ici, il y a un vrai sentiment d’apaisement et de sérénité. C’est une sensation assez particulière : c’est un peu comme si j’étais toujours en vacances, même quand je travaille. C’est mon cocon pour me déconnecter et me sentir bien, tout simplement.

Qu’est ce que cet endroit a de différent ? Les rencontres, la lumière, la vibe ..?
Camille : Ce qui change tout ici, c’est qu’on ne ressent aucune pression. Il n’y a pas ce stress permanent qu’on peut trouver ailleurs. C’est une vie hyper simple, où on revient à l’essentiel sans se prendre la tête. C’est ce qui rend l’endroit si différent et qui, je pense, me permet de créer avec beaucoup plus de lâcher-prise.

Si tu peux aussi me parler de toi, de ce que tu aimes, de ton amour pour ton travail, de tes projets et rêves…
Camille : Je suis une personne de nature très curieuse, rêveuse et optimiste. J’ai un besoin vital de bouger : le sport, les voyages et le temps passé dans la nature, c’est ce qui me permet de me ressourcer et de garder cet équilibre. J’ai toujours eu un peu la bougeotte, et en ce moment, j’ai justement ce projet de déménager bientôt ; j’adore la nouveauté, c’est un aspect de ma vie qui m’anime totalement. Mon plus grand rêve pour la suite, ce serait d’avoir mon propre studio. Aujourd’hui, je peins depuis chez moi et je me sens un peu restreinte en termes d’espace. Avoir un vrai atelier, un lieu dédié où je pourrais explorer des formats plus grands et laisser libre cours à ma créativité sans limites, c’est vraiment l’étape que j’attends avec le plus d’impatience !