Margaux est originaire du nord, elle a posé ses valises – et repris son souffle – à Marseille en 2021. Architecte d’intérieur et décoratrice, c’est ici au bord de la mer, sous un ciel bleu, entourée d’une énergie envoûtante et bordélique qu’elle a osé suivre sa voie. On aime son goût éclectique, inattendu qui s’invite là où on ne l’attend pas pour apporter toujours plus de gaieté dans l’intérieur des gens qui lui font confiance. Entretien avec une nouvelle invitée de notre rubrique Girls Girls Girls.

Peux-tu évoquer tes études et ton parcours professionnel ?
Margaux : Mon parcours s’est fait un peu à contre-courant. J’ai été – et je me suis – forcée à rentrer dans un moule qui n’était pas fait pour moi. Et il a fini par imploser. Mon arrivée à Marseille en 2021 a été une renaissance. J’ai suivi des formations ciblées, et le reste, je l’ai appris en autodidacte. Des amis m’ont fait confiance. J’ai fait de belles rencontres, qui ont nourri de super projets. Je ne me suis jamais sentie aussi à ma place qu’ici.

Comment est né ton désir de devenir architecte d’intérieur ?
Margaux : Je crois que j’ai eu une révélation en rentrant dans un magasin de meuble et décoration lorsque j’étais petite. Je n’avais jamais rien vu d’aussi beau ! Les couleurs, les matières, les formes, tout était beau ! Je l’ai ressenti dans toutes les cellules de mon corps. Je crois que je ne me suis jamais sentie aussi vivante. Puis, j’ai commencé à dessiner des objets de décoration dans un cahier en CM1-CM2. Je dirais que c’est là que mon désir est né.
Mon approche des couleurs, de la matière et de la composition s’est faite plus tôt, au travers du dessin. Mon institutrice de CE1 a convaincu ma mère de m’inscrire aux Beaux-Arts de la ville. Chose qu’elle a finalement fait l’année suivante. Et quel bonheur cela a été ! Passer des heures dans un immense atelier, être entourée de pots de peinture de toutes les couleurs, de craies, de terre, d’émaux, d’un four de cuisson, de presse, fusains, papiers divers et variés… C’était là, dans ce joyeux mélange de possibilités créatives que je me sentais bien, alignée, à ma place. Pendant 10 ans, j’ai pu affiner mon trait, nourrir ma créativité, tester les associations de couleur et de matière. J’en garde un souvenir précieux et indélébile.
En parallèle, il y a eu les Sims – sans rire – c’est mon petit frère qui me l’a rappelé. Je jouais pendant des heures, mais pas avec les persos. Je construisais les maisons, les décorais, et en construisais ensuite de nouvelles. Je suis sûre que l’on est beaucoup de Designer d’espace à se retrouver dans ce souvenir !
Ensuite il y a eu les magazines de déco de ma tante qui était abonnée, chez qui je passais beaucoup de weekend et que je dévorais. Je me souviens avoir été subjuguée par une composition hyper osée : les murs étaient peints d’un joli bleu pastel, et trônait un ancien poêle émaillé et peint à la main complètement kitsch. Je me rappelle m’être arrêtée de longues minutes devant, et ne pas réussir à décoller mon regard. Je me suis dit que c’était ce genre de composition exactement que je voulais faire plus tard. Des compositions où s’harmonisent les couleurs, où le moderne et l’ancien s’équilibrent et donnent quelque chose de si juste, auquel on ne s’attendait pourtant pas.

Est ce que le design occupait une place importante dans ta famille ?
Margaux : J’ai un oncle qui avait commencé des études d’Art, je me souviens avoir été marquée par une radio rose-pastel qu’il avait créé, mi-bonbon mi-alien très organique, presque vivante. Elle était incroyable. La vie a fait qu’il a fini par changer de parcours et prendre un chemin plus conventionnel. Mais à part ça, en vérité… pas du tout ! Mes parents ont travaillé très dur toute leur vie pour que nous puissions grandir avec le nécessaire, nous permettre de partir en vacances, et de faire de bonnes études. Le design ce n’était pas une priorité, et ça ne faisait pas partie de leur culture.

C’est en grandissant que j’ai commencé à développer ma culture du design, petit à petit. Quelques escapades le week end à Lille, qui était la grande ville la plus proche de la petite ville d’où je venais, et où j’ai fait mes études. J’y ai découvert les galeries, le Tripostal, le Musée des Beaux-Arts, l’incroyable musée de la Piscine, et surtout, la Villa Cavrois de Mallet-Stevens. Un passage de quelques mois à Paris, où j’en ai pris en concentré. Puis à Bruxelles, très chère à mon cœur, où j’ai vécu 4 belles années. J’ai pu arpenter le quartier Sainte Catherine, celui des Marolles, la place du jeu de balles, la rue Haute et la rue Basse avec ses antiquaires, ses façades Art Nouveaux et Art Déco, ses “cafés bruns”. J’y ai développé mon goût pour les boiseries, les pièces vintages, le mélange d’époques. La perfection de l’imperfection, mon goût pour l’éclectisme et les intérieurs qui ont une âme.

Si tu devais définir Marseille en quelques lignes. Comme si tu décrivais une personne ou que racontais une petite histoire que dirais-tu ?
Margaux : Je dirais que Marseille, c’est une femme vraie.
Elle est brute. Elle est belle. Tellement belle. Je dirais qu’il faut l’aimer vraiment, dans toutes ses forces et ses faiblesses. Que pour l’aimer il faut la comprendre, comprendre sa naissance, son histoire. Qui sont les gens qui font partie de sa vie, ceux qui l’ont vu naître, ceux qui l’ont rejoint, et l’ont éperdument adopté. Ceux qui l’ont quitté aussi. Ceux qui l’ont mal aimé.
Marseille est solaire. Elle est honnête, généreuse, impertinente. Elle est intense, impulsive, impétueuse et plurielle. Marseille n’est pas superficielle. Marseille est puissante.
C’est pour ça que je l’aime.

Qu’est ce que Marseille a de différent ? Les rencontres, la lumière, la vibe ..? Pourquoi as tu décidé de t’y installer ou es tu née à Marseille ?
Margaux : Marseille, c’est vraiment une personnalité à part. Comme pour beaucoup, ça a été un coup de foudre. Il y a tellement de choses : La lumière d’abord, évidemment. Pour quelqu’un originaire du Nord, ayant vécu son quart de siècle principalement dans la grisaille, c’est juste fou ! Ouvrir ses volets sur un ciel bleu, ça procure une telle joie dès le réveil. La vibe plus que tout !! C’est intense, c’est vrai, c’est un joyeux mélange qui fonctionne vraiment. C’est du jamais vu nulle part ailleurs, en tout cas pas ailleurs en France. Il y de la couleur, dans le ciel, la mer, sur les murs. Il y a de la vie. Il y a la dureté de la vie aussi, mais en même temps beaucoup de joie et de sourires. Marseille m’a aidé à changer mon regard sur la vie, à voir un monde plus grand. Marseille m’a aussi, un peu, sauvé.

Si tu peux aussi me parler de toi, de ton goût, de ton amour pour ton travail, de tes projets et aspirations …
Margaux : Autant que la lumière, les couleurs ont énormément d’impact sur moi. Une palette bien composée, bien balancée, ça a l’effet d’une potion magique. Ça crée des picotis agréables, ça emplit la poitrine. Ça met du baume au cœur, donne de l’énergie, et l’envie de sourire. Ça se retranscrit beaucoup dans ma manière de m’habiller d’ailleurs. Dès que je me lève avec moins de motivation qu’à l’habitude, j’assemble et enfile quelques pièces colorées, et directement, je sens que mon mood switch. J’habille les intérieurs un peu comme je travaille ces tenues : Une juste composition, un assemblage d’éléments réfléchis, de couleurs, de pièces à fortes valeurs sentimentales qui permet aux personnes qui sont dedans de switcher leur mood et se sentir profondément bien.

J’aime les gens aussi, énormément. En plus des couleurs et de la lumière, ce sont les interactions et connexions humaines qui me rendent profondément heureuse. Il faut toujours que je franchisse une petite barrière au début – ça ne se voit pas forcément parce-que je suis plutôt extravertie – mais je suis très timide. Franchi ce cap, c’est du snickers glacé en barres.
Et à côté de ça, je pense que je ne peux pas parler de qui je suis sans parler d’une passion également très ancrée : la nourriture. J’adore manger. Je rêve de pouvoir tester tous les restaurants de la ville, de tout goûter des entrées aux desserts, de tester tous ces mélanges de saveurs bien balancées, qui jouent sur les textures comme je joue sur les matières, qui jouent sur les ingrédients comme je joue avec les couleurs. Manger me procure le même plaisir qu’un intérieur bien léché.
Et pour ce qui est de demain… J’espère continuer à travailler sur de beaux projets avec de chouettes clients qui me font confiance comme cela a été le cas jusqu’à présent. Que ces projets continuent de grandir, de façon à pouvoir faire des choses encore plus osées. J’adorerais par exemple intégrer plus d’éléments d’arts décoratifs, notamment les vitraux comme j’’ai pu le faire au café des Lumières. Et des compositions en mosaïques aussi, j’en rêve !
Dessiner des cafés et des restaurants où je pourrai retranscrire pleinement mon audace et ma créativité. Des hôtels aussi. Et puis reprendre ce que j’avais entrepris dans mes cahiers, et donner naissance aux dessins de meubles et objets décoratifs…
Il se peut d’ailleurs que cela soit déjà dans les tuyaux… Affaire à suivre !